Les passages piétons à Antananarivo : entre absence, indifférence et danger

17 juillet 2026 par
[023156] Ferdinand ANDRIANINANDRIANA

      Marquage effacé, plots vandalisés, trottoirs confisqués par les vendeurs ou le stationnement : quand un passage existe, encore faut-il qu'il soit visible, respecté et sécurisé. Voici un état des lieux, entre données de terrain et réactions du public.

La normalisation de la traversée « sauvage »

Les piétons de la capitale traversent « n'importe où et n'importe comment ». Ils sont convaincus de savoir jauger en une fraction de seconde la vitesse des voitures pour se faufiler, une habitude d'autant plus ancrée que les trottoirs. Ces derniers sont occupés par des vendeurs.

Le sentiment que rien ne change vraiment.

Les règles censées protéger les piétons, passages cloutés et priorité de passage, ne sont respectées ni par les piétons eux-mêmes ni par les automobilistes. Les contrôles routiers serviraient de prétexte à la corruption que l'application des règles de sécurité.

Une émotion collective qui pousse parfois à agir.

Nous avons tous vu la vidéo où le véhicule percute des écoliers sur l'axe Tsarasaotra. Ce qui a conduit une entreprise, en partenariat avec l'ATT, à organiser une séance de sensibilisation rappelant les règles de base :  traverser uniquement aux passages piétons, na pas courir...

Trop peu de passages, et souvent mal en point

Le premier problème n'est pas le comportement des uns ou des autres : c'est l'infrastructure elle-même. Plus de 70 % des Tananariviens se déplacent principalement à pied, mais les aménagements qui leur sont destinés - trottoirs comme passages piétons - sont souvent dégradés ou tout simplement absents.

Depuis juillet 2016, la CUA a entrepris d'installer des panneaux de signalisation et des plots aux abords des passages piétons pour sécuriser la traversée, et le stationnement sur les trottoirs est en théorie passible de mise en fourrière.

Sur le terrain pourtant, ce dispositif tient mal : une partie des équipements installés est vandalisée peu de temps après leur mise en place, tandis que d'autres sont détournés de leur usage, récupérés par des particuliers qui se les approprient à des fins personnelles.

Conséquence directe : dans de nombreux quartiers, les passages piétons sont devenus si rares que les habitants n'ont plus le réflexe de les chercher, et s'habituent à traverser « où ils peuvent », faute de mieux.

Quand la sécurisation crée un nouveau danger

Un cas emblématique illustre bien la difficulté à sécuriser durablement un point de traversée. Le long de la Route des Hydrocarbures à Ankorondrano, la CUA a fait installer des blocs de béton entre chaque passage piéton, de part et d'autre de la voie, dans le but d'empêcher les deux-roues de couper la circulation en zigzaguant entre les files de voitures.

Problème : ces blocs, non rétro-réfléchissants, sont mal visibles la nuit sur un axe déjà mal éclairé, transformant un dispositif censé protéger les piétons en obstacle potentiellement dangereux pour tous les usagers de la voie, y compris pour les piétons eux-mêmes qui pourraient s'y heurter ou trébucher en traversant.

Comment inverser la tendance ?

Sur le plan légal, le code de la route malgache pose déjà le principe d'une priorité de passage aux piétons engagés sur un passage clouté, et prévoit des sanctions en cas d'accident corporel ou mortel. Ces affaires sont systématiquement portées devant les tribunaux aux frais de la partie responsable.

Mais un cadre légal ne vaut que par son application. Cela suppose des conducteurs qui ralentissent et cèdent réellement le passage plutôt que de considérer le passage piéton comme un obstacle à contourner, et des piétons qui privilégient ces zones de traversée plutôt que de s'en remettre à leur seul jugement au milieu de la chaussée.

Du côté des institutions, la CUA, la Police nationale et l'ATT ont chacune un rôle à jouer. Qu'il s'agisse d'entretenir et de multiplier les infrastructures, de faire respecter les règles par des contrôles crédibles plutôt que perçus comme des occasions de corruption, ou de poursuivre les campagnes de sensibilisation déjà engagées dans certains quartiers et écoles.

C'est la conjonction de ces trois leviers, loi appliquée ; comportements civiques et institutions actives, qui pourra, à terme, redonner tout son sens au passage piéton.

[023156] Ferdinand ANDRIANINANDRIANA 17 juillet 2026
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